Lettre ouverte aux parents d’enfants turbulents (Partie III)

Photo : Robert Doisneau, l’enfant puni (1956)

– Bonjour à tous. On reste debout tant que je ne vous ai pas autorisé à vous asseoir !
Bien, asseyez-vous. Sortez vos livres et ouvrez-les à la page 99.
Où est ton livre ? Tu ne l’as pas ? Pourquoi sont-ce toujours les même qui les oublient ?

C’est vrai ça ! ce sont toujours les mêmes qui n’ont rien à déposer sur leur table graffitée ! Mais non madame, ce n’est pas un oubli ! Si le livre n’est pas dans leur sac, c’est peut-être que ces enfants sont déjà bien trop chargés sans. Que ce qu’ils portent quotidiennement est plus pesant, plus écrasant, que tous les livres de la classe réunis ou même de la bibliothèque municipale.
Que ce poids, malheureusement, ils ne peuvent s’en défaire. Il est là, constamment, comme un boulet accroché à la cheville d’un prisonnier ; comme Jacques Brel sur le dos de Lino Ventura dans l’emmerdeur ; comme Atlas soutenant le monde contre son gré. Ce poids, il est là quand ils se réveillent et les tirent au fin fond de leur lit ; il est là sur le chemin de l’école et leur fait trainer des pieds à en noircir les semelles ; et il est là, surtout, quand ils rentrent chez eux. Car c’est là qu’il prend vie si vous m’avez compris, quatre heures après midi et jusque tard dans la nuit.
Alors vos livres hein ! Ces quelques schémas sur la sexualité des escargots ou la carte des répercutions de la mondialisation sur le Japon des années 20, ils s’en passeraient bien ! Et ils s’en passent… Oh je dis pas, y’a bien quelques courageux qui cumulent, qui parviennent, tels des porteurs d’eau, un bâton sur les épaules et un sceau de chaque côté, à répartir les poids équitablement pour ne pas perdre l’équilibre. Ceux là peuvent être fiers d’eux. Moi en tout cas, pour ne pas y être arrivé à l’époque, je le suis.

La turbulence en cours, c’est donc aussi une forme d’extériorisation de ce que l’on vit chez soi. Je n’énumérerais pas tous les malheurs possibles, toutes les douleurs plus ou moins grandes, car chacun à son échelle a sa version. Mais prenons un exemple et dans un souci d’universalité, celui-ci est tout trouvé (ça tombe bien, je ne me voyais pas finir cette lettre sans avoir évoqué son goût amer).

Attention, devant vos yeux ébahis, le célèbre mal va prendre vie, celui que nous ne présentons plus tant ses prouesses sont contées à travers le monde. On le surnomme la terreur des foyers, ladies and gentlemen : le Divorce !

On est en 2015 et à la question « avez-vous divorcé ? », plus de 50% d’entre vous, chers parents, répondent « oui ! »
Les autres interrogés se contentent d’un « pas encore » timide.
Pour vous donner une image, vivre la séparation de ses parents c’est comme apprendre que cette couleur que l’on croyait rouge est en fait verte, que la France se trouve sous le Mexique et que un et un font huit : un putain de bordel… une perte totale de repère.
Autant dire que la situation se complique : l’enfant cherche à se façonner en tant qu’individu et voit voler en éclat, en même temps que les assiettes, le peu de certitudes qu’il avait. Bandez les yeux à un parkinsonien, j’peux vous dire qu’il aura du mal à construire une tour de Kaplas.

Alors pendant que l’on apprend brutalement, à la maison, ce qu’est la fin d’un couple, on commence à raconter à qui veut l’entendre que l’amour n’existe pas. On se passionne pour les cours sur Dom Juan et Fréderic Beigbeder devient un maitre à penser. On souligne, apprend et s’approprie chaque intervention susceptible de déstabiliser Cupidon. Et puis les citations, c’est sympa dans les statuts MSN (pour les anciens) ou Facebook ; et les discours tragiques, pour faire lever au ciel, les yeux des jolies filles, qui vous regardent désormais comme un rebelle affecté, et qui auront comme défi de vous conquérir, faire fondre votre cœur de pierre, et vous redonner foi en l’amour.

C’était en tout cas son objectif à L.

A suivre…

S.B.

Lire la partie 4 : http://wp.me/p6fyF9-2q

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13 réflexions sur “Lettre ouverte aux parents d’enfants turbulents (Partie III)

  1. J’aime beaucoup… très bien écrit et tellement vrai. Le divorce est le mal du siècle. Avant on pouvait compter sur les doigts les enfants dont les parents étaient divorcés, maintenant on peut compter sur les doigts ceux dont les deux parents restent encore ensemble. Comme les temps ont changés.

    Est-ce mieux, est-ce pire? L’avenir nous le dira. Mais quand on demande à ces enfants qu’est-ce qu’ils désireraient le plus, ils répondent pour la plupart que : papa et maman reviennent ensemble.

    Ils doivent en faire leur deuil, impossible de ne pas en être touchés d’une manière quelconque!

    Merci d’être venu sur mon blog. J’ai apprécié le vôtre.

    Amitiés

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