Lettre ouverte aux parents d’enfants turbulents (Partie II)

Photo : Bruce Davidson (1959)

Mais d’abord, qu’est ce qu’être turbulent ? Entendons-nous bien sur le fait qu’il ne s’agisse pas d’une pathologie mentale, mais bien d’un trait de caractère. Ouvrons ensemble le petit Larousse non-illustré et poussiéreux qui repose paisiblement dans la bibliothèque noire et poussiéreuse elle aussi.
A la page 1040 nous pouvons lire :
TURBULENT, E adj. (lat. turbulentus, de turbare, troubler). 1. Porté à faire du bruit, à causer du trouble ; remuant. Enfant turbulent.
Vous commencez à comprendre ? Non ? Rien de tel que des synonymes. Larousse des synonymes page 709 :
TURBULENT : Bruyant, agité, dissipé, excité, mouvementé, terrible, … vivant !
Enfant terrible. Enfant agité. Enfant dissipé… Enfant vivant !

Et oui, votre enfant est vivant. Plus vivant que la plupart de ses camarades et probablement, plus vivant que vous.
Vivant car il commence à connaître, qu’il essaye de comprendre. Qu’il s’émancipe doucement pour créer tant bien que mal son propre raisonnement.
Vivant car à son âge tout est démesuré, tout prend d’énormes proportions. Tout est soit noir, soit blanc, bien ou mal, « trop stylé de ouf » ou « nul à chier sa mère ».
Vivant aussi car tous ses désirs sont des ordres. Que toutes ses envies, il les assouvie. L’envie de crier, de courir et d’exploser. De crier en courant. D’exploser en criant. De faire n’importe quoi et surtout, ne pas réfléchir. Se laisser emporter par ses mouvements. Un mouvement qui en appelle un autre. Ecouter son cœur, porté par cette musique. Le battement des deux ensembles. Balancer ses bras, remuer ses jambes : se foutre du reste. Être dans sa bulle et la faire grossir. Quelle est agréable cette bulle quand elle grossit ! Et pour cela, on a besoin d’espaces et d’horizons car tout le reste n’est qu’obstacles. Les murs de cet établissement ne sont qu’obstacles. Voilà ce que l’on pense à cet âge : la scolarité est une peine à purger. On nait avec 15 ans ferme. Certains s’en tire avec moins. D’autres font du rab. Le Lycée c’est la prison, les profs sont les matons et le rire des filles… c’est l’évasion.

« Evasion »… Ce concept est si intense qu’il prend le pas sur tout le reste. Il est plus qu’un besoin, il en devient une obsession ! Et tous les moyens sont bons. L’imagination pour ceux qui en ont, l’alcool pour les timides voire plus pour les aventuriers imprudents. Une galaxie lointaine au cinéma, une histoire d’amour vampirique en littérature, le champ de bataille dévasté d’un jeu-vidéo. Devenir celui que l’on ne sera jamais. Le footballeur ou le braqueur. Le Sims avec la piscine et les petites lumières qui vont avec.
On passe du temps avec ses acolytes. Tout son temps. On se confectionne des bandes ou on se greffe à d’autres. Chacun son credo. L’ennemi c’est l’inertie car l’inertie c’est la mort, et eux ce qu’ils veulent, c’est vivre. Mettre des coups de poing dans le vent avec un sentiment d’invincibilité qui disparaitra au premier vrai coup dur. Mais pour l’instant ils n’en savent rien car le malheur… c’est les autres ! (« C’est pas moi c’est les autres ! »)
Cette évasion est donc associée au rêve. Le rêve de s’évader devient s’évader en rêvant. Rêver d’une autre vie, rêver d’ailleurs ; rêver de son futur, rêver de celui que l’on aimerait être ; rêver de son regard bleu, rêver d’elle, encore et toujours : L.

Mais là où vous lisiez il n’y a pas si longtemps, vous aussi, chers parents, « rêve et évasion », aujourd’hui vous ne voyez plus qu’un seul mot : révision.

A suivre…

S.B.

Lire la partie 3 : http://wp.me/p6fyF9-1D

cropped-header6

4 réflexions sur “Lettre ouverte aux parents d’enfants turbulents (Partie II)

  1. Les enfants turbulents ont leur charme et les sages aussi. Tous ont un futur devant eux mais il se rétrécit comme se rétrécit l’espace de liberté de leurs enseignants. Lorsque tout n’est plus qu’évaluation, résultats chiffrés, budgets et administration l’espace d’apprentissage de la pensée cognitive devient prison. Enseigner, aujourd’hui, le turbulent comme le sage, est une mission difficile.

    Aimé par 1 personne

    1. Tout a fait, j’ai choisi cet aspect car il me tenait à cœur d’en redorer le blason mais les sages ne sont pas moins charmants. Et pour ce qui est de l’éducation il est bien vrai que le système mis en place ne semble pas être idéale.

      J'aime

  2. Et que penser, d’une éducation qui sélectionne, depuis 3 siècles, sur la base d’une capacité de bien mémoriser… « Une tête bien faîte ou bien une tête bien pleine? ». Mais l’humanité industrielle avait besoin de braves petits soldats pour aller faire la guerre, et de bons petits ouvriers. Mais demain, les robots remplaçant les ouvriers, et bientôt même les chauffeurs, vendeurs, guichetiers, médecins généraliste… Des cerveaux électroniques de plus en plus performants, auront-nous besoin de plus de mémorisateurs humains, ou d’intelligences ??? Et surtout, de consciences !

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s