Mommy, l’objet du dégout

Ecrit le 09/04/2015

Je me suis promis avant la vision du film de mettre de côté mes aprioris et mes préjugés, d’oublier les insupportables prises de paroles du réalisateur qui en est à l’origine et de me lancer vierge dans l’aventure. Après tout, je ne connaissais personne qui n’avait pas aimé avant de l’avoir vu. Maintenant j’en connais une : moi !

Mais parlons de l’objet de mon dégout, qui est une insulte au cinéma et à ses spectateurs – qui soit dit en passant ont quasiment tous adoré ; là est d’ailleurs toute la tristesse. Et c’est ce même engouement qui attire forcément l’attention. En effet, je dois avouer avoir tendance à me méfier des films qui font l’unanimité car c’est le signe selon moi que quelque chose ne va pas… Vous n’êtes pas d’accord ? Vous ne trouvez pas étrange cette indignation si vous dites que vous n’avez pas aimé et la personne anticonventionnel que vous devenez ? Cette sensation d’obligation d’amour et de passion pour une œuvre qui normalement et par définition est subjective ?

Cette obligation existe et provient du film lui-même. Car oui, ce film est une immense et immonde manipulation de l’esprit et même, n’ayons pas peur de le dire, une prise d’otage. Une prise d’otage oui, mais très habilement camouflé – avouons-le – derrière une conception publicitaire du beau et derrière des stratagèmes vus et revus mais toujours efficace pour se mettre le spectateur dans la poche (tel que les clips musicaux qui ponctuent les séquences) : rien d’autre que des artifices… rien d’autre que de la poudre aux yeux. Car ce film est un tourbillon nauséabond qui impose une vision et ne met jamais le spectateur à contribution : s’il se met à genou, il adorera le film ; s’il ne s’exécute pas, il en sera exclu d’emblée.
Le scénario est vide, la psychologie des personnages est digne des comptoirs de bars et leur profondeur aussi infime que le concept de modestie chez l’homme qui les a imaginé.

Oui revenir à chaque fois à lui est une obligation car il est impossible de l’oublier. Il est omniprésent tant son film se veut une démonstration. Ce film n’aurait pas dû s’appeler Mommy, mais « Comment affirmer que JE suis un grand réalisateur ». La question est évidemment d’un narcissisme à peine voilé et la réponse est un film qui l’est tout autant. Un film où tout est faux et vulgaire, où les effets dégoulinent et où la recherche de popularité, une fois identifiée, brûle la rétine et le cœur d’un spectateur prêt à s’offrir sincèrement à un homme uniquement avide de reconnaissance.

Cet homme est tout sauf un artiste, c’est un publicitaire. Un habile créatif qui connait tous les trucs pour séduire. Je dois évidemment avouer que pour vendre aussi bien son produit, il existe forcément chez lui une grande intelligence voire même, soyons fou, du génie. Oui, je n’ai pas peur de le dire, cet homme a tout compris et applique cela sans retenu, mais, « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » disait un sage. Et ces responsabilités, le réalisateur de Mommy les balaye d’un revers méprisant de la main au service de sa reconnaissance.

Soyez donc juste conscients. Conscients d’avoir assisté à un spectacle habile mais faux, composé par un homme qui n’est pas le surdoué que l’on nous vend. C’est un usurpateur et un escroc de la pire espèce, le Rocancourt du cinema, qui utilise la sensibilité d’un public non-averti pour appuyer sa supériorité et ce sans son consentement. J’accuse donc cet homme de faux et usage de faux sentiment, de manipulation et abus de faiblesse sur spectateurs dotés de sensibilité, et récidive (6 films). J’accuse cet homme de cracher sur l’âme de ses spectateurs et de violer leur esprit.

Je suis conscient d’arrivé après la bataille car dans l’ensemble vos cœurs sont déjà conquis et vous imaginez maintenant toute ma tristesse face au constat de l’engouement qu’a pu créer un tel déferlement d’artifice tant auprès de la critique que des spectateurs, mais je suis intimement persuadé –c’est mon côté optimiste- que ce produit est à la mode, et qu’à l’image de toutes les modes, il sera un jour démodé. Qu’à ce moment les masques tomberont et que vous réaliserez ce qu’est le cinéma et ce qu’il n’est pas ; qui sont les hommes qui le font et ceux qui le salissent ; qui sont les hommes sincères et … Xavier Dolan.

S.B.

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16 réflexions sur “Mommy, l’objet du dégout

  1. Je découvre ce blog dont la description fait écho en moi cependant cet article me « heurte » tellement je suis en désaccord. J’ai découvert Dolan et ses films via Mommy qui m’a vraiment touché à vif. Je ne connaissais pas plus que ça ce réalisateur, j’ai vu ce film dans un but pédagogique suite à des études d’éducatrice et je m’en suis pris plein la gueule (je ne peux l’exprimer autrement), les personnages m’ont émues et j’étais heureuse de les découvrir et de pouvoir me dire que d’autre découvriront cette réalité qui est présente autour de nous et pas toujours aussi loin qu’on ne le pense. J’étais heureuse de pouvoir me dire qu’enfin quelqu’un avait réussi à capter ces émotions criantes, bouleversantes et les partager. Pour moi ce film était loin d’être vide et inutile, bien au contraire alors peut être que oui certains n’auront retenus que les bandes sons qui permettent de lâcher prise, mais c’est important de lâcher prise non? J’ai sincèrement du mal à comprendre cette critique car elle ne correspond pas à la vision du film que j’ai eu mais je respecte le fait qu’on ne peut tous être toucher de la même façon en fonction de notre vécu et de notre vision du monde.

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    1. La vision d’un film est bien entendu propre et la voie de vos études peut évidemment conditionner votre regard. Je respecte complètement votre coup de coeur pour ce film, qui fait écho à beaucoup de gens dans mon entourage (que je continue d’aimer malgré tout ahah). Nous serons d’accord sur d’autres films, d’autres points, j’en suis sûr 🙂

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  2. Coté formel le film est hideux, à quoi bon cette image verticale, si ce n’est pour le simple plaisir vain du « ça n’avait jamais été fait » (et pour cause ! c’est moche)
    Sur le fond on ne comprend pas l’intérêt du film qui expose des « freaks » monstres de foires divers et variés avec lesquels on entre jamais en empathie, entre une mère vulgaire et un fils idiot vaguement agressif… On va voir les « White trash » Québécois comme on va au zoo ! Du voyeurisme distancié et prétentieux.
    Si Dolan, snob en diable, n’était pas originaire du Québec je dirais qu’il est Parisien !

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  3. Dernier film de Xavier Dolan, le petit prodige canadien, « Mommy », Prix du Jury au dernier Festival de Cannes… C’est peu de dire que Dolan occupe une place à part dans le cinéma contemporain, tant son génie cinématographique est évident. Pourtant, ses œuvres aboutissent à un résultat mitigé: Autant « J’ai tué ma mère » et « Tom à la ferme » m’ont beaucoup plu, autant « Les Amours imaginaires » et « Laurence Anyways » m’ont agacé, non que techniquement ces œuvres soient moins réussies, mais parce que Xavier Dolan y gâche son talent à cause de coquetteries précieuses…
    Avec « Mommy », le cinéaste semble avoir acquis une maturité que l’on décelait déjà dans « Tom à la ferme ». »Mommy » est un fleuve, un véritable torrent d’émotions, qui emporte tout sur son passage. Je comprends que certains restent insensibles au film, mais, si vous vous laissez d’entrée emporter, vous ne pourrez décrocher avant la fin, qui vous laissera pantois et bouleversés.
    On est tout d’abord surpris par la direction d’acteurs et on se demande comment le cinéaste a obtenu de telles performances de ses trois acteurs principaux, c’est impressionnant! Les deux actrices sont d’une magnifique beauté et, chacune dans son registre, elles sont éblouissantes. Que dire enfin du jeune homme qui campe un personnage à la personnalité ravagée? Tout simplement qu’il réalise une performance magistrale!
    Il me semble qu’il serait dommage de vous parler de l’histoire, sachez seulement que les trois personnages sont très attachants et que, pendant toute la durée du film, on ne les lâchera pas. On a même l’impression de vivre avec eux, tant le sujet est fort.
    Techniquement c’est toujours irréprochable, tant du point de vue du scénario que du montage, tant du point de vue des plans que de la bande-son, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne peut rester indifférent devant cette histoire tragique traitée et filmée avec une telle intensité.
    Vraiment, du très grand cinéma baroque!

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  4. Moi j’ai pas aimé ce film. Chiant, oppressant, et en plus, plébiscité ! Que du négatif. La seule chose qui m’a plu, c’est le québécois de base à outrance, tabernac’ !
    Sinon, en tant qu’éducateur, à mes heures, j’ai déjà eu affaire à un clone du personnage principal, qui ne m’a laissé aucun bon souvenir. Pas ravi de le « retrouver » dans ce film, du coup.

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  5. Dolan… on aime ou on déteste, il n’y a jamais de juste milieu.
    En personne conquise que je suis (je n’ai pas encore vu Mommy, justement à cause de l’effet de mode, j’attend que ça se tasse..), je me permet de conseiller « J’ai tué ma mère », et « Laurence Anyways ». Si vous ne les avez pas encore vus, je pense qu’ils peuvent éventuellement vous faire changer d’avis sur ce côté commercial que vous voyez en Dolan, qui a pourtant un talent certain (sans doute altéré par un trop plein de succès sur le long terme). 🙂

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    1. Quand vous l’aurez vu, dites moi ce que vous en avez pensé. J’en ferais de mêmes quand l’occasion se présentera de suivre vos conseils 🙂
      A très bientôt ! 🙂

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  6. 1990 pour *toi*……et Xavier?
    ‘leçon de morale’…. ou bien?
    qu’est ce qui te dégoûte tant dans ce film?

    *merci* d’être passé par chez moi, sacha ….. car sans ‘ça’, je serais passée à côté de mots ds lesquels j’entends l’écho de ma jeunesse

    je n’ai grandi qu’en taille sans doute ……

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    1. Ça me va, optons pour le tutoiement ! 🙂 Pour le dégout je pense avoir tout dit dans le texte, que je m’étais senti escroqué à la vision de ce film et que j’étais resté extérieur et spectateur au sens premier du terme, sans ressentir les émotions sensées m’atteindre.

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    2. ah sacha, que je suis contente de te retrouver!
      à l’inverse de toi, mes émotions ont été d’autant plus vives qu’elles n’avaient rien à voir avec l’effet ‘dolan’
      la maladie mentale fait partie de ma vie et je travaille ds ce domaine……sans doute parce que depuis l’enfance je me sens moi-même….. ‘différente’
      je pense également que le suicide des ados (y compris par anorexie) a bcp à voir avec cette forme de ‘folie’ qu’il est possible de développer à l’adolescence qd, paradoxalement, on est très, trop *lucide*
      lucidité qui va de pair avec trop de souffrances morales et/ou physiques
      j’ai trouvé étonnant que dolan puisse décrire *ça* avec autant de justesse et de précision
      peut-être faut-il avoir ‘connu’ ou approché ce genre de situation pour savoir le faire et en être ‘touché’…..et dans mon cas c’est si….fort que je ne reverrai pas ce film 🙂
      voilà pour moi et au plaisir de te relire, sacha

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    3. J’imagine qu’étant touchée de près par les thèmes abordés dans le film, l’expérience que tu as eu en le visionnant ne peut qu’être différente de la mienne. C’est peut-être pour cela que nous pouvons dissocier le film en lui-même et ce que nous en faisons.
      Content de te retrouver aussi, à très bientôt ! 🙂

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